22/03/2012
Billet d'Humeur n°1 - GP Australie 2012
Faut plus rêver
En F1, l’hiver est toujours propice aux rêves. Chacun a le sien. Les champions en titre de le rester ; les vaincus sortants de ne plus l’être ; et les autres de trouver une bonne place au milieu de tout cela. Et puis, il y a les fans, les journalistes, les spécialistes ou les simples curieux capables d’élaborer en moins de deux les thèses les plus folles. La presse n’y échappe pas. Beaucoup voyait, par exemple, Schumacher champion du monde en 2010, l’année de son retour. En général, plus la saison achevée a été barbante, plus les rêves pour la suivante sont fous. Celui de Schumacher faisait suite au triomphe de Brawn GP. Voyez-vous donc…
Avec une telle domination Red Bull en 2011, on a donc rêvé tout l’hiver. En Allemand, pour Mercedes, et en Finlandais, pour Räikkönen. On attendait dans ces deux pays des grosses surprises. Des coups de tonnerre. Des miracles ! Certains rêvaient d’un retour tonitruant de Räikkönen, après un meilleur temps en essais hivernaux à Barcelone. D’autres imaginaient un hold-up de Mercedes et un premier podium de Michael Schumacher depuis son comeback de 2010. Mais les rêves s’arrêtent souvent brutalement. Celui de Räikkönen surtout. Le Finlandais, sans cesse nerveux, a manqué ses essais et surtout ses qualifications. Les même qui le voyaient faire sensation avaient la tentation, d’un coup, de tomber dans l’excès inverse. « En fait, il n’avance plus. C’est fini. » C’est vrai qu’aux essais, jamais Räikkönen n’a paru être capable d’aller plus vite que Grosjean. En course, l’abandon du Français fut trop éclair pour qu’on puisse continuer la comparaison. Kimi a déclaré avoir vécu ce grand prix comme s’il n’avait « jamais quitté la F1. » Ca s’est quand même un peu vu que deux ans se sont écoulés…
L’autre grand fantasme hivernal était de voir Mercedes et Schumacher sonner la charge. L’an passé, ils avaient bidonné un chrono à la dernière séance de Barcelone pour impressionner la galerie, cette année, ils ont fait l’inverse. Ne pas trop se montrer, pour surgir en Australie avec une voiture techniquement osée car munie d’un F-Duct (système faisant caler l’aileron arrière en ligne droite pour gagner de la vitesse de pointe). Tellement osée que le meilleur temps de Schumacher aux essais libres laissait penser qu’une pole position et une victoire seraient possible et par la même occasion qu’il faudrait rapidement déposer une plainte auprès de la FIA pour aileron arrière non-conforme. C’est toujours bon d’être montré du doigt, cela prouve que vous faîtes peur. Mercedes a fait très peur à Melbourne. Et même après des qualifications en deçà des attentes. A moins que Schumacher, 4e, en ait peut-être encore un peu gardé sous la chaussure, pour ne pas mettre de l’huile sur le feu ? Hérésie ! En F1, personne ne joute à un tel, au moment d’affronter le chrono. Mercedes était donc un peu moins forte que comme ce fut craint. D’autant plus que Rosberg, en 2011 la plupart du temps plus rapide que Schumacher, n’a pas été tranchant. Faute en qualifications et inconstant en course. Michael Schumacher était lui virtuellement sur le podium quand sa boîte de vitesse s’est bloquée. Il n’y avait eu aucun incident mécanique de ce genre sur la W03 cet hiver. Zéro pointé donc pour l’ex-épouvantaille. Que les réveils sont parfois dur, et ce dans toutes les langues !
Le début de la fin
Incroyable, Red Bull n’a pas dominé. Tremblement de terre : aucune Red Bull n’était présente sur la première ligne de la grille de départ. Ce n’était pas arrivé depuis deux ans… Vettel a été le samedi harcelé de questions sur ce désastre : « je n’en vois pas, moi de désastre. La course, c’est demain les gars ! » Le lendemain, Vettel a bien failli faire avaler leur chapeau –le soleil est très cancérigène en Australie- aux journalistes trop impatients. 4e, 3e puis 2e : le double champion du monde allemand, un peu veinard sur l’intervention de la voiture de sécurité – une Mercedes -, a pris l’avantage sur Hamilton et est venu menacé Button. Jenson l’a quand même emporté, avouant au détour : « on s’était trompé dans la quantité d’essence. Comme on était juste, je n’ai pas vraiment attaqué comme j’aurais pu. » Et na ! Prends çà Vettel. Si les qualifications ont réjoui beaucoup de monde – même si on aime Vettel et Red Bull, trop les voir a tendance à lasser un peu -, la course a recommencé à stresser les anti-ceux-qui-gagnent-tout-le-temps. Vettel est revenu sur Button, Webber sur Hamilton. Red Bull n’est donc pas largué. Mais Red Bull ne domine plus… Enfin pour le moment.
La fin du début
Encore une écurie qui a échappé à un enterrement un peu trop précipité. Ce n’est quand même passé loin dans ce cas précis. Les qualifications de Ferrari (12
e et 16
e) sont venues frapper en plein visage une Scuderia qui avait déjà tendu la joie pour prendre la gifle attendue. Ferrari avait bizarrement communiqué pendant quatre jours. Un coup,
« c’est sûr, on va morfler », un autre
« allez, on ne sait jamais », avant qu’Alonso ne tente un
: « je n’exclue rien ce week-end. » Il a eu raison de ne rien exclure. Car cette 12
e place était soit moins pire que ce qu’il pensait soit mieux que ce qu’il craignait. Au vu du bourre-pif qu’il a bien failli balancer à un pauvre commissaire de piste qui n’avait rien demandé d’autre que de l’aider à remettre son volant dans une Ferrari plantée dans les graviers, Alonso se voyait vraiment un peu plus beau. Quelle honte !
12
e et 16
e pour une écurie qui voulait reconquérir la F1. Le résultat ne valait pas mieux que la manière. Massa est parti deux fois en tête à queue et Alonso une. A chaque fois de la même façon. En freinant avec une roue arrière dans le gazon. Qu’est ce qui ne va pas sur la Ferrari ? Elle freine en crabe ? Les rétros sont mal fixés ? Alonso et Massa doivent aller chez l’ophtalmo ? Non, elle est juste horrible à conduire. Les pilotes perdent donc leur repère. Les caméras embarquées font très peur : sous virage en entrée, survirage en entrée, et saucisse au milieu. Tout cela pour ne pas aller bien vite en plus. Un même résultat en course aurait fait grand bruit à Maranello. On parlait déjà de limogeage de Stefano Domenicali, le patron et de Massa. Le Brésilien n’a pas sauvé sa peau en course. Il a été vraiment mauvais. On est triste pour ce garçon par ailleurs charmant, devenu un fantôme de paddock. S’il ne réagit pas, il ne finira pas la saison. La pression va devenir trop forte. Heureusement dans ce tableau si noir qu’il y a Alonso. L’Espagnol ne lâche rien et sa 5
e place finale est un petit miracle.
Finir 5
e avec la 14
e meilleur vitesse de pointe – et donc la 8
e plus mauvaise – et le 7
e meilleur tour en course est une sacrée performance. Comme toujours avec Ferrari, le problème est de savoir à qui en revient, au fond, le mérite : la voiture ou le pilote. Non, en fait, il n’y a pas de doutes. Aïe, aïe, aïe…