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15/05/2012

Billet d'Humeur n°5 - GP Espagne 2012

Diversité des talents

Il ne fait pas bon être journaliste de Formule 1 en 2012. Encore plus depuis ce week-end espagnol. Déjà, depuis quatre courses, on avait l’assurance de rentrer d’un grand prix sans un raisonnement en béton armé pour expliquer ce qui s’était passé en piste. Hormis l’Australie et la domination de la meilleure voiture (McLaren) et du pilote le plus doux avec les pneus (Button). La suite fut une suite de surprises, de renversements de situation, d’atteintes caractérisées à la logique ! Pourquoi Red Bull a autant perdu en performance ? Certes la réglementation moteur et échappements s’en est prise à ses principale forces mais son aérodynamique n’est pas devenue une pâle recette en six mois. Pourquoi McLaren ne gagne pas plus ? Elle est pourtant la plus rapide (trois pole positions en cinq courses). En course, elle ne retrouve jamais le même rythme…

En Espagne, sur la piste de Montmélo (Barcelone) la plus connue car la plus usitée des écuries, le journaliste F1 a pris un nouveau coup derrière la casquette. Il se rend désormais compte qu’en plus de ne plus tout maîtriser des performances, il ne doit pas non plus trop se lancer dans des jugements hasardeux. Auparavant sortis de sa plume ou de sa bouche, ils lui reviennent cette année en pleine face. Personne n’est épargné. Pas ceux qui avaient crié au scandale à l’arrivée de Pérez chez Sauber en 2011. Il est soutenu par l’homme le plus riche du monde mais est surtout un super pilote, à deux doigts de remporter le grand prix de Malaisie. Ceux qui annonçaient que Räikkönen n’était plus qu’un has been engrossi et ravagé par des fêtes alcoolisées ne la ramènent plus. Ceux qui ne gardaient en mémoire que le Grosjean maladroit de ses débuts en 2009 font maintenant partie de son fan club. Ceux qui raillaient depuis huit ans cette vieille écurie Williams, leurs ancestrales méthodes de travail et les entêtements de ses fondateurs (Frank Williams et Patrick Head), ont dû écrire hier un papier pour expliquer comme elle a réussi à revenir au premier plan.

Tout çà, déjà un peu dérangeant, n’est rien par rapport à ce que le vainqueur du grand prix d’Espagne nous a réservé. Au moment de notre Guide F1 2011 Sport Auto, je devais, comme pour chaque pilote, écrire un bref portrait de Maldonado, en restant objectif mais en tentant aussi de porter un jugement. Après mûre réflexion, j’avais osé : il pourrait être le prochain Montoya, mais du Vénézuéla. Quelques-uns m’étaient tombés dessus. Je lisais, ailleurs, d’autres points de vue, plus sévères. Maldonado n’était qu’un ‘’boucher’’ du volant, un ‘’camarade’’ du Castro vénézuélien, Hugo Chavez, un ‘’gosse de riche’’ soutenu par le pétrolier national d’état. Moi-même, je ne soutenais pas que Maldonado pourrait un jour devenir  le prochain Jim Clark, Jackie Stewart et Alain Prost. Il boxait plutôt dans la catégorie des ‘’brutes’’. D’où la comparaison, un peu exagérée (je pensais déjà) avec Montoya. La saison 2011 ne m’avait pas donné raison. Oui, Pastor a été rapide, tout autant que l’expérimenté Barrichello, mais en course… Quel désastre ! Maldo en a fait des belles ‘’bêtises’’.’ Comme partir en tête à queue dans le dernier virage de Monza pour finir à l’entrée des stands dans un nuage de fumée.

Du coup, cet hiver, j’avais dû revenir sur mon jugement. Maldo avait loupé sa première campagne 2011 (aller vite ne suffit plus), tout autant que Williams dont la voiture était une calamité. Le premier grand prix de la saison ne changea rien à l’affaire. L’ancien champion de GP2, en excellente position dans une Williams revigorée, gâcha huit points en toute fin de course en tentant de dépasser Alonso. Il accéléra trop fort, prit trop la bordure (vibreur) et se retrouva à contre-braquer de toutes ses forces. Sa Williams s’encastra dans le mur, une partie dans les grillages. Il pouvait faire mieux en une course que Williams sur tout 2011 mais finit par démolir sa voiture. L’affaire était entendue. Merci d’être venu, Pastor.

Performances honorables en Malaisie et en Chine, retour à l’anonymat à Bahreïn et donc ce grand prix d’Espagne arrivé de nulle part. Deuxième temps des essais (sa meilleure qualification en F1), il hérita de la pole position d’un Hamilton trahi par son écurie. Elle n’avait pas mis assez essence dans son réservoir pour respecter les contrôles de la FIA. Heureux Pastor. Le voici en pole position. Franchement inimaginable. Vettel, Rosberg, Schumacher, Räikkönen, Button : tous ont été battus par le pilote Williams dont l’équipier (B.Senna) n’était lui que 18e sur la grille ! Les mauvaises langues annonçaient déjà un accrochage entre Maldonado (1er) et Grosjean (3e), les deux amis du GP2 et de la F1. Ils se sont souvent frictionnés. Ça n’arriva pas. Tout simplement car Maldonado limita la casse au départ pour se retrouver 2e derrière Alonso. La suite relevait du plus improbable. Et là, tout le monde, sans exception, s’est trompé. Personne ne peut dire qu’il l’avait vu venir. Pas même ma comparaison avec Montoya. Maldonado géra son premier relais, prit le dessus sur Alonso au changement de pneus (excellente gestion des tours de rentrée et sortie des stands), puis réalisa une fin de course d’une intelligence remarquable. Alonso, en pneus neufs, revenait sur lui comme un boulet de canon. Ce devait en être fini de la comète Vénézuélienne. Alonso ne put même pas tenter un dépassement. Déchaîné, il resta bloqué à quelques mètres d’une Williams pilotée avec pureté. Mais qui pilotait cette Williams ? Vraiment cet homme à la tête d’un méchant des Western-Spaghettis de Sergio Leone ou, pire, des abrutis latinos des Bud Spencer et Terrence Hill ? On aurait cru le mirage d’une Williams d’Alain Prost au temps de la splendeur du Français. Maldonado avait compris quoi faire : gérer ses pneus sans paniquer du retour d’Alonso. Encore plus intelligent, il jugea exactement du réel rapport de force avec la Ferrari se jouait. Alonso était plus rapide dans les virages rapides mais la Williams sortait mieux de la chicane du bout du circuit, là où se prépare la grande ligne droite et le seul endroit où le DRS (aileron arrière mobile) peut être actionné pour permettre un dépassement les doigts dans le nez. La Ferrari, on le sait, manque de traction. Pastor a donc répété le même scenario : excellente entrée dans la chicane, aucune prise intempestive de vibreurs, et parfaite remise de gazs. Même le hargneux ibérique dût s’avouer vaincu.

En conférence de presse, les journalistes restaient incrédules devant ce Maldonado ne s’exprimant pas parfaitement en Anglais. On revoit devant nous ‘’l’original’’ qu’il est. C’est pourtant un vainqueur de grand prix. Sans aucune contestation. Alors, les journalistes retournèrent à leur place avec une nouvelle leçon à méditer. Il ne faut plus jamais oublier qu’en F1, tout est possible et que tout dépend de la voiture. Seule une bonne monoplace peut permettre à un talent de s’exprimer totalement. Il n’y a pas que des Schumacher, Alonso et Vettel capables de l’emporter. On l’avait oublié dans des années 2000 cadenassées par la puissance financière des grands constructeurs. La F1 redevient un terrain d’expression de la diversité des talents. Comme au bon vieux temps des seventies.

24/04/2012

Billet d'Humeur n°4 - GP Bahreïn 2012

A la gomme ?

Michael Schumacher a donc parlé. Enfin ! Il est le premier à dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : « je me demande si les pneus doivent vraiment jouer un rôle aussi important. Si seulement l’on pouvait avoir des grands prix un peu plus normaux, et non des courses où l’on doit souvent adopter des rythmes dignes de ceux derrière un Safety Car. » Traduction : il en marre de se traîner en course, la faute, selon lui, à des pneumatiques 2012 plus que bizarres. Spécialiste de la langue de bois, Schumacher s’est lâché. Il est très rare de l’entendre utiliser un ton si acide. A 43 ans, il n’est pas trop tard, cher Michael, pour dire enfin, de temps en temps, ce que vous pensez. Si vous ne le faites pas, si vous ne défendez pas vos idées et votre conception de la F1, ce ne sont pas les timides jeunes pilotes qui vont le faire. Alors, franchement, on aurait aimé vous entendre aussi sincère sur la tenue très polémique de ce grand prix de Bahreïn, mais c’est un début. En l’occurrence, la réponse de Pirelli a été immédiate. “Nous sommes déçus d’entendre de tels commentaires de la part d’un pilote d’expérience comme Michael. Certains arrivent, eux, à parfaitement faire fonctionner les pneus. Cet hiver, il s’en disait ravi, et maintenant, son avis a changé de ton.’’ Traduction là-encore : votre équipier Rosberg y arrive, pourquoi pas vous ? Il y a, cette année, et Schumacher a raison, un vrai souci, ou tout du moins mystère, avec les pneus. Et la victoire de Red Bull à Bahreïn n’y change rien. L’écurie autrichienne a bien sûr remporté son premier grand prix de la saison, mais trois jours auparavant, elle se lamentait encore : « ces Pirelli sont impossibles. » Le double podium de Lotus n’y change rien non plus. Räikkönen, en Chine une semaine auparavant, avait perdu 10 places en fin de course, à cause de pneus ruinés.

Revenons en arrière. En 2011, Pirelli est devenu l’unique manufacturier de pneus de la formule 1. Bridgestone, esseulé depuis le départ de Michelin, s’était retiré et Pirelli a été choisi au terme d’un court appel d’offres. Le cahier des charges était très précis : les nouveaux pneus devaient mettre du piment dans les courses. A la fin de son engagement en F1, Bridgestone était allé trop loin. Ses pneus étaient parfaits et ne se dégradaient quasiment pas. Il n’était plus rare de ne voir qu’un arrêt au stand, et encore, parce que le règlement le rend obligatoire. Soixante tours avec un train de pneus, les courses ne réservaient pas beaucoup de surprises. Alors, Pirelli a promis du spectacle et a tenu parole. Ils ont assumé le fait de proposer des pneus « courte durée » alors que leur métier, justement, est de tout faire pour qu’ils durent longtemps sur nos voitures. Drôle de positionnement marketing que de faire de la pub pour ses produits de route, dans un sport où vos pneus, justement, ne tiennent pas la ‘’route’’ ou plutôt la distance. Mais Pirelli ose. Et c’est plutôt courageux de leur part. En 2011, personne ne s’en est plaint, même si déjà quelques courses paraissaient un peu trop folles. L’aileron arrière mobile y était aussi pour quelque chose.

Pour 2012, Pirelli a apporté quelques ajustements. Notamment un resserrement de la gamme, afin de rendre la multiplicité des stratégies possible. L’hiver a été plutôt calme, et là encore, personne n’a rien eu à y redire. Et puis, il y a eu les premières courses. Il y a eu la domination nette de McLaren en Australie. Normal, pour la meilleure voiture du plateau. La logique a commencé à avoir des ratées en Malaisie. Une fois la pluie stoppée, une fois la piste asséchée, on s’étonna de ne pas voir la McLaren d’Hamilton revenir sur la Sauber de Pérez. Certes, la Sauber est une bonne voiture mais la McLaren est quand même la meilleure. Certes Pérez s’est révélé et a un énorme talent, mais Hamilton n’est pas non plus un peintre en bâtiment. Passons. Il y a surtout eu la Chine et un festival de… N’importe quoi ! Des premiers arrêts au 9e tour, des bords de piste souillés dès la première moitié de course de bouts de gommes s’échappant des roues, et surtout une hiérarchie évoluant sans cesse. Comble de l’incohérent, les pneus les plus durs allaient plus vite que les pneus les plus tendres. Là-encore, McLaren ne gagna pas. Rosberg imposa sa Mercedes, sans avoir été et de loin le plus rapide. La température de piste, assez fraîche, l’aida bien, démontrant une équation chimique bien connue : celle des fenêtres d’exploitation des pneus. Ce n’est pas nouveau en F1. Au plus fort de la lutte entre Michelin et Bridgestone, dans les années 2000, on avait atteint le summum. Michelin dominait dans telles conditions ; un nuage passait, la température chutait de 2° et Bridgestone reprenait le dessus. Le nuage repartant, Michelin retrouvait sa fenêtre de performance. Cette fois, Pirelli est seul mais le phénomène est presque le même, selon les voitures. En une semaine, Mercedes gagne sur piste fraîche et retrouve sa place sur piste chaude. Red Bull est aux fraises dans un cas et revient au sommet dans l’autre. Dans les deux cas, McLaren ne gagne pas. Là, ce n’est pas vraiment totalement de la faute de Pirelli, McLaren loupant un arrêt au stand sur deux. Mais voilà que Button, le Roi pour sauver les pneus, effectue… 4 changements de pneumatiques, dont un premier très tôt en course suite à une crevaison. A la radio de l’écurie, l’homme au pilotage le plus fin ne cessait de hurler : « trop de dégradations à l’arrière. » Le spectacle disons-le est au rendez-vous. Le suspense aussi. On n’a jamais vu un début de saison aussi fou, aussi serre, aussi inattendu. On s’en félicite, mais le fan de F1, plus aguerri que celui du football, a le droit d’émettre une certaine réserve. En amoureux de la technique et de la stratégie, en connaisseur de la finesse des voitures, il ne peut pas totalement accepter que les courses deviennent un énorme foutoir. Devant leur télévision, ils ne sont pas prêts non plus à n’entendre parler que de pneus, même si cela est souvent le cas, le pneu étant le seul lien d’une voiture avec le sol. Pirelli a beaucoup apporté en F1 mais elle ne doit pas non plus défigurer la finesse de ce sport. Peut-être vaut-il mieux un peu moins de dépassement mais un peu plus de logique. Pour que Michael Schumacher ose une critique publique, c’est qu’on est peut-être arrivé au limite de l’acceptable.

16/04/2012

Billet d'Humeur n°3 - GP Chine 2012

Bahreïn en Chine

Il y a deux ans, au même grand prix de Chine, on ne parlait alors que d’un nuage de cendres, d’un volcan furieux et de ces avions cloués au sol. La F1 plongeait dans le psychodrame, entre qui allait pouvoir rentrer en Europe, qui allait pouvoir se transférer ailleurs – à Abu Dhabi de préférence- et qui allait devoir rester bloqué en Chine. L’horreur, la Chine !.. On n’avait alors quasiment pas parlé du grand prix mais que de logistiques, de plans de vols, de fausses informations comme d’habitude reprises en boucle. Les conversations valaient leur pesant d’or :
- Alors, toi tu fais quoi ?
- Bah je prends mon vol.
- Bah il est annulé.
- Bah non, on m’a dit que…
- Non, j’ai eu un mec qui a eu un mec qui en connait un autre qui pense que c’est bon…


On s’en souviendra longtemps de ce week-end chinois. Sans doute pas autant que celui de 2012. Deux ans après, rebelote, mais cette fois, sujet beaucoup plus sérieux, c’est Bahreïn qui occupait les conversations et focalisait les attentions. On a retrouvé cette même manie de la F1 de parler pour ne rien dire. Chacun avait un avis sur tout ou plutôt surtout un avis. Non pas qu’il n’ait rien à dire sur la question épineuse de la tenue ou non du grand prix de Bahreïn mais les uns surjouent le drame, les autres l’ignorent. Tous oublient comment la F1 fonctionne, qu’un démenti n’en est jamais un, que chaque coup se joue en trois bandes. Au milieu de tout cela, les pilotes se cachent derrière leur habituel droit de réserve. Il y a bien longtemps qu’un pilote n’a pas pris de position claire et courageuse sur quoi que ce soit. L’énième preuve que c’est Flavio Briatore qui avait raison : « les pilotes sont des employés comme les autres. » Or un employé ne peut pas toujours dire ce qu’il pense. Button et Hamilton vont-ils critiquer la situation à Bahreïn ? Si tant est qu’ils le pensent, leur patron pourrait leur rappeler que le Royaume de Bahreïn possède des parts du capital de leur écurie. A défaut de créer la polémique, Button est quand même l’un des rares à avoir un peu d’humour : « pour nous, c’est un peu compliqué de parler de cela… » On le devinait et c’est bien de le reconnaître. Les autres bottent en touche sans conviction : « je fais confiance à la FIA. » Le citoyen est-il d’accord avec le pilote ? Rosberg répond : « le citoyen est le pilote. » Même chose pour Ferrari qui a aussi des intérêts dans la Région… Le Moyen Orient est devenu un financier très puissant de la F1 et il faut donc ménager la chèvre et le chou. Les pilotes retrouvent leur langue, une fois qu’ils sont en retraite. Damon Hill, champion du monde 1996, a eu le courage de prendre position. Il est le seul à avoir exprimé des vifs doutes. Avant de rentrer dans le rang, à l’Anglaise : « maintenant que la FIA a avancé ses arguments, je soutiens à 100% la décision d’y disputer le grand prix. » Lovely, indeed ! Il n’a pas osé ajouter : « j’ai hâte d’y aller. » Certains, en activité, l’ont fait.

Heureusement, il y a la FIA et Bernie Ecclestone ! Pour ce qui est de la Fédération, il est difficile aussi de froisser Bahreïn. Jean Todt a d’excellentes relations avec eux. On comprend qu’un minimum de diplomatie soit de rigueur. La FIA est rappelons-le maîtresse du calendrier même si dans les faits, c’est Bernie Ecclestone qui négocie les grands prix en négociant les droits commerciaux Et avec un Bahreïn qui paie des droits de plateau 2 à 3 voir 4 fois plus cher qu’un grand prix européen traditionnel, forcément cela crée des amitiés tenaces. Annuler un grand prix de façon unilatérale forcerait à Bernie à rendre l’argent. Et cela, le businessman anglais ne s’y résoudra jamais. D’autant qu’une certaine clause voudrait que si un grand prix est annulé deux années de suite, il serait exclu pour longtemps. Perdre une somme rondelette n’amuse personne : ni Bernie qui la touche, ni les écuries qui en récupèrent une partie à la fin de l’année. Dans tout cela, Bernie est celui qui a la position la plus compliquée à cerner. Un coup, tout va bien et il n’y a aucune raison de s’inquiéter, un coup, il admet qu’on ne peut pas forcer des écuries à aller là où elles ne souhaitent pas. Sauf qu’il faudrait déjà qu’elles donnent leur avis. Si en off, pendant une pause-café, beaucoup critiquent la décision d’aller à Bahreïn, une fois assis à une table avec Bernie, personne ne moufte. « J’ai demandé aux écuries que j’ai réunies si quelqu’un avait un problème avec Bahreïn, explique Bernie. Je n’ai entendu aucune voix… » Le petit Anglais tient encore la F1 dans sa main et personne ne va aller l’attaquer de front. Le dernier à s’y être essayé, Adam Parr de Williams, a mystérieusement démissionné il y a trois semaines. Quant à Jean Todt, président de la FIA, qui avait manqué de clairvoyance en 2011 dans ce même dossier, a été bien discret. Il s’est cantonné à un communiqué de presse officiel. Il s’est moins mis en avant pour éviter tout piège tendu par des âmes peu charitables. On ne sait jamais !

Alors la question demeure. Faut-il aller à Bahreïn ? La FIA a dit oui, sans avancer de nouveaux arguments tranchants. Bernie a dit oui, s’en prenant comme d’habitude aux médias qui entretiennent de fausses spéculations. « J’ai des amis qui vivent là-bas, et ils me disent que tout est calme. » Ses amis sont sûrement Princes mais pas Chiites… Et le communiqué de la Maison Blanche s’inquiétant des dernières montées de violence a sûrement été inventé par nous. Tout comme les réactions d’Amnesty International, de l’Ambassade de France ou de Reporter Sans Frontière. Chacun est libre de penser ce qu’il veut, de croire que la F1 peut pacifier Bahreïn ou que la F1 risque de légitimer un régime dénoncé et qui a usé de la violence depuis le début du Printemps Arabe. Aller là-bas s’apparente à de la pure folie même si le circuit sera sans doute bien protégé par une aide de l’armée saoudienne. Les dégâts les plus importants risqueraient d’endommager l’image de la F1. Mais compte-t-elle plus que son compte en banque ?

PS : rendez-vous bientôt pour évoquer la Corée du Sud qui fait face à des tirs de fusées tentées par son grand ami nord-coréen… Vivement le GP :-)

26/03/2012

Billet d'Humeur n°2 - GP Malaisie 2012

Un exploit et un casse-tête

Sergio Pérez (Sauber) a terminé deuxième d’un GP de Malaisie perturbé par la pluie. C’est la marque des grands, des très grands. Mais il l’a en fait un peu gagné aussi, comme Fernando Alonso, le vainqueur comptable.

Le Mexicain était le plus rapide en piste. Sa Sauber, que l’on savait réussie, était totalement hors d’atteinte d’un Hamilton pourtant sur les dents. Il a juste manqué à Pérez un petit quelque chose. Laissons aux éternels insatisfaits la théorie habituelle et lassante du complot, selon laquelle Sauber lui aurait passé des consignes pour qu’il ne dispute pas la victoire à Ferrari, l’écurie sœur, le partenaire technique et l’amie de cœur.

Il suffit de regarder les chronos de Pérez juste après sa petite erreur pour comprendre qu’il était reparti au combat de plus belle. Il ne calculait pas vraiment. Il voulait gagner, Sauber aussi. Un enfant de 5 ans trouverait tout à fait censé que Sauber ait pu dire à Pérez « we need this position. » « On a besoin de cette position. » Le meilleur résultat de l’histoire de Sauber était en jeu ! A moins d’imaginer qu’un autre message aurait pu lui parvenir ainsi : « Sergio, fais n’importe quoi, vas-y. Mets-toi au tas. Ce n’est pas grave ! » Absurde.

Alonso, moins rapide, a parfaitement géré sa course et si Pérez n’avait pas commis une petite erreur à quelques tours de l’arrivée, le duel aurait eu lieu. Personne ne peut dire comment il aurait terminé. Pérez serait peut-être passé devant, Alonso aurait peut-être résisté, l’un et l’autre seraient peut-être partis à la faute, ou les deux se seraient peut-être accrochés. Qu’importe. Pérez n’a pas remporté la course mais il a gagné bien plus : une réputation mondiale.

Il est passé du statut de jeune pilote à celui de jeune star. Du coup, à l’arrivée, les rumeurs déjà persistantes sur son transfert chez Ferrari pressaient encore plus la Scuderia de l’embaucher, dès la Chine. Il est vrai que Massa est tellement largué – il est derrière les Marussia au classement avec 0 points alors qu’Alonso, son équipier, mène le championnat.

Le Brésilien ne réagit plus et s’enfonce dans l’anonymat. Sauf que chez Ferrari, l’anonymat n’existe pas. Il est plus cruel encore et se termine en lynchage. Massa va se faire taper sur la tête toute la saison et cette situation ne peut pas durer éternellement, ni pour lui ni pour Ferrari. Alors, Pérez doit-il aller immédiatement chez Ferrari ? Hier, au sein de la Scuderia, certains en parlaient, l’imaginaient ou en rêvaient, mais j’y ai entendu un raisonnement tout à fait intéressant et censé.

En 2009, après un grand prix de Belgique qu’il avait failli remporter sur sa Force India, Fisichella avait été de la même façon embauché par Ferrari pour toute la fin de saison. Résultat, dans une Ferrari vraiment mauvaise, et face à un solide Räikkönen, Fisico ne s’était jamais qualifié mieux que 14e et n’avait marqué aucun point. La presse ne l’avait pas épargné. Une fin de carrière lamentable alors que quelques courses avant, il s’était engouffré dans un trou de souris pour briller une dernière fois. Un choix catastrophique pour lui et pour Ferrari. Et bien le cas de Pérez est exactement le même. Sergio est bien plus jeune que Fisichella à l’époque, il est sur une autre dynamique, mais quitter aujourd’hui une Sauber qui marche canon pour aller rejoindre le Diable Alonso dans une Scuderia quand même en difficultés : « Ce serait la pire chose pour lui. On flinguerait sa carrière », disait hier une personne importante de Ferrari. Pour penser ainsi, Ferrari aime donc beaucoup Pérez. Elle pense à lui. Alors, rendez-vous est pris pour 2013.

En attendant les candidats-suicide au remplacement de Massa seront nombreux : Buemi, Alguersuari, Sutil… Pérez a un tout autre avenir. Qu’il soit seulement patient.

Tentative de hold-up

En F1, il n’y a pas que la course. Il y a aussi les coulisses. Dans les fameux « points presse », les rendez-vous d’interviews programmés aux pilotes pour les médias, il y a deux genres de journalistes. En fait, non trois : les spécialisés, venus pour parler différentiel, usure de pneumatiques et clé de 12 ; les tabloïds anglais ou allemands arrivant avec leur faux sourire pour mieux distiller des questions vénéneuses ; et les amoureux de la politique. Pas sûr que ces derniers sachent quel aileron est celui de l’avant ou l’arrière – j’exagère – en tout cas, pour ce qui est du jeu politique de la F1, ce sont des as.

Dans leur vocabulaire toujours les mêmes mots, expressions et autres étrangetés : FOTA (association des écuries), gentlemen agreement, Accords Concorde, renégociations, droits télévisions, et bien sûr, un nom : Bernie Ecclestone. Depuis le départ de Max Mosley, ces journalistes n’ont pas perdu leur boulot mais pas loin. L’ère Jean Todt à la FIA est plutôt calme, quoique. Elle est moins sulfureuse. Cette inactivité, tout du moins publique, de Jean Todt sur la scène F1 laissait augurer un coup de grisou. L’an passé déjà, Bernie Ecclestone, pas du tout ami avec Todt, - à part quand les caméras sont là-, avait réservé quelques beaux tacles au français : tout ce que ce dernier voulait, il ne l’a pas eu. Jusqu’au règlement moteur 2014 changé au dernier moment.

En Malaisie, la politique a refait surface et les journalistes d’investigation politique faisaient le freinage à leurs collègues venus parler de la course. En cause, la renégociation des Accords Concorde, c’est-à-dire la Constitution de la F1. Et surtout l’acte notarié, la feuille de paie de tout ce beau monde. Les détails sont complexes, la lutte est difficile à comprendre. Une chose est à retenir, et on le sent bien depuis l’Australie : la FOM (Formula One Management) de Bernie Ecclestone tente de mettre hors-jeu la FIA de toutes négociations. La FOM tente de voler la F1 à la FIA.

L’attaque est manifeste. Les cambrioleurs ne s’embarrassent pas de gants ou de lampes de poche. Ils cassent portes, vitres et carreaux, devant une FIA qui, apparemment, laisse faire.

Pourquoi Jean Todt ne réagit-il pas ? Par un communiqué, il a justement fait savoir à ceux qui en doutaient qu’il faisait bien partie des négociations. Ce n’est pas ce que l’on entend sur le terrain. Pourquoi cet homme si intelligent, si rusé, si politique, si influent, si méfiant, si brillant, disons-le, est-il devenu si naïf, si tendre, si inoffensif ? Max Mosley mordait, hurlait, frappait là où cela fait mal, et Bernie ne franchissait pas la ligne jaune. Là, le grand manitou de la F1 n’a pas fait que la franchir, il y a installé sa résidence secondaire. A moins que Todt ne prépare en secret une réplique nucléaire. A moins que la FIA n’ait décidément choisi une nouvelle façon de faire, discrète, constructive. On le saura bientôt.

22/03/2012

Billet d'Humeur n°1 - GP Australie 2012

Faut plus rêver


En F1, l’hiver est toujours propice aux rêves. Chacun a le sien. Les champions en titre de le rester ; les vaincus sortants de ne plus l’être ; et les autres de trouver une bonne place au milieu de tout cela. Et puis, il y a les fans, les journalistes, les spécialistes ou les simples curieux capables d’élaborer en moins de deux les thèses les plus folles. La presse n’y échappe pas. Beaucoup voyait, par exemple, Schumacher champion du monde en 2010, l’année de son retour. En général, plus la saison achevée a été barbante, plus les rêves pour la suivante sont fous. Celui de Schumacher faisait suite au triomphe de Brawn GP. Voyez-vous donc…

Avec une telle domination Red Bull en 2011, on a donc rêvé tout l’hiver. En Allemand, pour Mercedes, et en Finlandais, pour Räikkönen. On attendait dans ces deux pays des grosses surprises. Des coups de tonnerre. Des miracles ! Certains rêvaient d’un retour tonitruant de Räikkönen, après un meilleur temps en essais hivernaux à Barcelone. D’autres imaginaient un hold-up de Mercedes et un premier podium de Michael Schumacher depuis son comeback de 2010. Mais les rêves s’arrêtent souvent brutalement. Celui de Räikkönen surtout. Le Finlandais, sans cesse nerveux, a manqué ses essais et surtout ses qualifications. Les même qui le voyaient faire sensation avaient la tentation, d’un coup, de tomber dans l’excès inverse. « En fait, il n’avance plus. C’est fini. » C’est vrai qu’aux essais, jamais Räikkönen n’a paru être capable d’aller plus vite que Grosjean. En course, l’abandon du Français fut trop éclair pour qu’on puisse continuer la comparaison. Kimi a déclaré avoir vécu ce grand prix comme s’il n’avait « jamais quitté la F1. » Ca s’est quand même un peu vu que deux ans se sont écoulés…

L’autre grand fantasme hivernal était de voir Mercedes et Schumacher sonner la charge. L’an passé, ils avaient bidonné un chrono à la dernière séance de Barcelone pour impressionner la galerie, cette année, ils ont fait l’inverse. Ne pas trop se montrer, pour surgir en Australie avec une voiture techniquement osée car munie d’un F-Duct (système faisant caler l’aileron arrière en ligne droite pour gagner de la vitesse de pointe). Tellement osée que le meilleur temps de Schumacher aux essais libres laissait penser qu’une pole position et une victoire seraient possible et par la même occasion qu’il faudrait rapidement déposer une plainte auprès de la FIA pour aileron arrière non-conforme. C’est toujours bon d’être montré du doigt, cela prouve que vous faîtes peur. Mercedes a fait très peur à Melbourne. Et même après des qualifications en deçà des attentes. A moins que Schumacher, 4e, en ait peut-être encore un peu gardé sous la chaussure, pour ne pas mettre de l’huile sur le feu ? Hérésie ! En F1, personne ne joute à un tel, au moment d’affronter le chrono. Mercedes était donc un peu moins forte que comme ce fut craint. D’autant plus que Rosberg, en 2011 la plupart du temps plus rapide que Schumacher, n’a pas été tranchant. Faute en qualifications et inconstant en course. Michael Schumacher était lui virtuellement sur le podium quand sa boîte de vitesse s’est bloquée. Il n’y avait eu aucun incident mécanique de ce genre sur la W03 cet hiver. Zéro pointé donc pour l’ex-épouvantaille. Que les réveils sont parfois dur, et ce dans toutes les langues !


Le début de la fin


Incroyable, Red Bull n’a pas dominé. Tremblement de terre : aucune Red Bull n’était présente sur la première ligne de la grille de départ. Ce n’était pas arrivé depuis deux ans… Vettel a été le samedi harcelé de questions sur ce désastre : «  je n’en vois pas, moi de désastre. La course, c’est demain les gars ! » Le lendemain, Vettel a bien failli faire avaler leur chapeau –le soleil est très cancérigène en Australie-  aux journalistes trop impatients. 4e, 3e puis 2e : le double champion du monde allemand, un peu veinard sur l’intervention de la voiture de sécurité – une Mercedes -, a pris l’avantage sur Hamilton et est venu menacé Button. Jenson l’a quand même emporté, avouant au détour : « on s’était trompé dans la quantité d’essence. Comme on était juste, je n’ai pas vraiment attaqué comme j’aurais pu. » Et na ! Prends çà Vettel. Si les qualifications ont réjoui beaucoup de monde – même si on aime Vettel et Red Bull, trop les voir a tendance à lasser un peu -, la course a recommencé à stresser les anti-ceux-qui-gagnent-tout-le-temps. Vettel est revenu sur Button, Webber sur Hamilton. Red Bull n’est donc pas largué. Mais Red Bull ne domine plus… Enfin pour le moment.


La fin du début


Encore une écurie qui a échappé à un enterrement un peu trop précipité. Ce n’est quand même passé loin dans ce cas précis. Les qualifications de Ferrari (12e et 16e) sont venues frapper en plein visage une Scuderia qui avait déjà tendu la joie pour prendre la gifle attendue. Ferrari avait bizarrement communiqué pendant quatre jours. Un coup, « c’est sûr, on va morfler », un autre « allez, on ne sait jamais », avant qu’Alonso ne tente un : « je n’exclue rien ce week-end. » Il a eu raison de ne rien exclure. Car cette 12e place était soit moins pire que ce qu’il pensait soit mieux que ce qu’il craignait. Au vu du bourre-pif qu’il a bien failli balancer à un pauvre commissaire de piste qui n’avait rien demandé d’autre que de l’aider à remettre son volant dans une Ferrari plantée dans les graviers, Alonso se voyait vraiment un peu plus beau. Quelle honte !

12e et 16e pour une écurie qui voulait reconquérir la F1. Le résultat ne valait pas mieux que la manière. Massa est parti deux fois en tête à queue et Alonso une. A chaque fois de la même façon. En freinant avec une roue arrière dans le gazon. Qu’est ce qui ne va pas sur la Ferrari ? Elle freine en crabe ? Les rétros sont mal fixés ? Alonso et Massa doivent aller chez l’ophtalmo ? Non, elle est juste horrible à conduire. Les pilotes perdent donc leur repère. Les caméras embarquées font très peur : sous virage en entrée, survirage en entrée, et saucisse au milieu. Tout cela pour ne pas aller bien vite en plus. Un même résultat en course aurait fait grand bruit à Maranello. On parlait déjà de limogeage de Stefano Domenicali, le patron et de Massa. Le Brésilien n’a pas sauvé sa peau en course. Il a été vraiment mauvais. On est triste pour ce garçon par ailleurs charmant, devenu un fantôme de paddock. S’il ne réagit pas, il ne finira pas la saison. La pression va devenir trop forte. Heureusement dans ce tableau si noir qu’il y a Alonso. L’Espagnol ne lâche rien et sa 5e place finale est un petit miracle.

Finir 5e avec la 14e meilleur vitesse de pointe – et donc la 8e plus mauvaise – et le 7e meilleur tour en course est une sacrée performance. Comme toujours avec Ferrari, le problème est de savoir à qui en revient, au fond, le mérite : la voiture ou le pilote. Non, en fait, il n’y a pas de doutes. Aïe, aïe, aïe…

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